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On se demande souvent ce qu’est une relation toxique … et on se demande aussi souvent comment en sortir.

La meilleure façon de définir ce qu’est une relation toxique, c’est peut-être de parler de l’effet que cela fait. Ça donne l’impression d’être fauché par une vague émotionnelle désagréable qui emporte toutes les certitudes comme un tsunami dévastateur qui maintient sous l’eau sans pouvoir reprendre son souffle puis qui donne l’impression d’être enfermé au cœur d’un lave-linge, brassé encore et toujours sans trouver le moyen de briser le hublot pour s’en libérer.

Comment se créent-elles ces relations poison, quels en sont les rouages et comment s’en libérer ?

Rares sont les relations qui se présentent à vous directement comme étant totalement néfastes. Pourtant, à bien y regarder, on avait parfois un indice avant-coureur qui tentait de nous dissuader de faire un tour dans la machine infernale. Qui n’a pas déjà soigneusement évité les drapeaux rouges, qui n’ont ensuite pas tardé à relâcher leurs pigments pour teinter la totalité de la relation ?

Alors quels en sont les rouages ?

Si vous réalisez que vous répétez pour la énième fois un schémas relationnel insatisfaisant et que vous avez du mal à interrompre le programme en cours, il est fort à parier que vous êtes dans une relation toxique.

Un des outils assez utile pour identifier une relation dysfonctionnelle est le célèbre triangle de Karpman. Selon cette approche, il est essentiel de voir quel rôle nous jouons dans nos relations. Si nous endossons les rôles de victime, de sauveur ou de persécuteur sans en prendre conscience et sans réajuster nos postures, la relation est vouée à devenir une spirale infernale [1]. Il est essentiel de lire la notice et de détricoter les bénéfices cachés – inconscients – que l’on a à entretenir cette relation. Pas facile, car c’est écrit dans la langue de nos peurs les plus profondes : la peur de l’abandon, du rejet.

Un indicateur de relation toxique peut aussi être la fusion. Dans une relation saine, il y a 3 entités : chacun des individus ET la relation. Dès lors que les deux individualités fusionnent, la relation est immature et a peu de chances d’évoluer. La relation va se cristalliser et emprisonner les protagonistes.

Un autre indicateur de relation toxique est ce que certains appellent des relations de co-dépendance. Ces relations sont parfois caractérisées par l’addiction de l’un des protagonistes à une substance (drogue, alcool jeu, …). L’autre protagoniste, en restant dans la relation et en acceptant la situation, cautionne et devient une sorte de « facilitateur » de l’addiction.

Certaines relations sont plus spécifiquement toxiques. Parmi celles-ci, les relations de co-dépendance entre un « Dépendant Affectif » (DA) et un « Pervers Narcissique » (PN) sont des modèles du genre, poussant le degré de toxicité à un niveau élevé conduisant souvent à la maladie – physique et/ou psychique – à la ruine financière, à l’isolement, à la perte d’estime de soi, …. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une relation entre deux personnes présentant des peurs similaires, aux blessures exacerbées (de type stress post-traumatique), mettant en place des mécanismes de défense et de protection surpuissants. Ici, les deux acteurs sont addict aux cycles spécifiques de la relation riche en hauts et bas émotionnels. Ces relations reposent en effet sur des phases très identifiées et codifiées. Il est important de les connaître pour les reconnaître…. Ces relations commencent toujours par une phase de lune de miel intense, faite souvent de « bombardement d’attention » de la part du manipulateur qui va au-devant et comble les besoins du dépendant affectif : bingo, le poisson DA est ferré ! Pendant cette phase d’illusion partagée, le PN idéalise son partenaire. Mais cela ne sera que de courte durée. Viendront ensuite les autres étapes, inéluctables, même si intervenant à des échéances variées : la dévalorisation puis la mise au rebut de la proie jadis adulée devenue victime devant expier. Il y aura autant de parenthèses faussement enchantées que le choisiront les protagonistes, jusqu’à ce que l’illusion partagée et l’espoir quittent le champ de bataille.

 

Souvent, on reste dans une relation toxique à coup de justifications, rationalisations et autres histoires que l’on se raconte comme par exemple « ça va finir par s’améliorer ».

On reconnaît aussi parfois une relation toxique à sa fin…. On l’a généralement repoussée jusqu’au moment ultime. Et là, soit il y a cris et fracas, soit il y a disparition sans explication avec, dans un cas comme dans l’autre, impossibilité de clore paisiblement un chapitre de sa vie.

 

Chacun a sa part de responsabilité dans la toxicité de la relation. Nier cela revient à rester soit victime, subissant une relation insatisfaisante ou continuant d’espérer un changement magique, soit bourreau accusant l’autre de tous les maux, soit sauveur avec ce fameux « sans moi il ne survivra pas, je suis assez fort pour endurer et l’aider ». Chaque relation a sa part de toxicité. C’est si on n’arrive pas à contrebalancer la nocivité, à rééquilibrer la relation et à se sentir en sécurité et épanoui dans la relation qu’elle prend le qualificatif de toxique.

 

La plupart du temps, ces relations toxiques – avec ou sans PN, avec ou sans DA, se développent sur un terreau propice : les blessures irrésolues de l’un et de l’autre, un véritable engrais à relation toxiques.

Et si ces relations avaient leur raison d’être ? Si au lieu de les rejeter et de tourner la page avec amertume on les autopsiait un instant ? Si elles nous en apprenaient sur nous ? Cela demande un peu de courage, car il va falloir affronter certaines parts de nous, que nous avons injectées dans la relation, qui ne nous font pas plaisir au premier regard…. Parfois, le comportement de l’autre n’est que le reflet d’un comportement que l’on a nous aussi, parfois à notre encontre même….. Si je suis rejeté dans ma relation, je peux enquêter pour savoir ce que je rejette en moi, dans quel pan de ma vie ? Est-ce que je m’autopunis en m’interdisant des projets professionnels, est-ce que je renie un moment de mon histoire de vie parce qu’il ne me permet pas de briller dans cette société du paraître ? Et est-ce que moi-même je ne rejette pas parfois les autres, notamment lorsqu’ils se comportent comme certaines parts de moi que je n’aime pas….

 

Bref, à chacun de mener l’enquête pour s’extirper du perpétuel tambour rotatif…. Le but, c’est de sortir de ces cycles, de changer de programme pour aller vers quelque chose de plus satisfaisant, le programme écologique et économique en lieu et place des cycles égocentrés. Mais pour mettre de l’adoucissant dans les programmes relationnels, il faut que chacune des parties en ait envie et s’y attèle. Lavons notre propre linge sale, laissons à l’autre la capacité et le choix de laver le sien, et en cas de panier trop rempli, ne pas s’improviser gouvernante du mode de vie de l’autre : ne pas tenter de laver le linge sale d’autrui, vous allez vous salir les mains inutilement et l’autre pourrait vous le reprocher ! Tout le monde n’est pas prêt à ramasser ses chaussettes pour les étendre fraiches sur le fil de la vie. Certains ont besoin qu’elles trainent un peu plus longtemps sous le lit, et votre job, c’est de les y laisser jusqu’à ce que leur propriétaire décide de lui-même de faire le ménage dans sa vie et dans ses émotions. En attendant, continuez d’examiner avec bienveillance et patience vos chiffons, depuis votre layette jusqu’à votre lingerie actuelle pour que le torchon arrête de brûler et que vos relations ne soient pas votre linceul.

[1] https://drive.google.com/file/d/1K9UILlo-VsgaA6EU-hnG5xcyABacxw4v/view?usp=sharing

 

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